En ce début d’année 2025, les habitants des 32 communes du SCoT Mont-Blanc ont été invités à participer à une série de réunions publiques. Objectif : débattre du Projet d’Aménagement Stratégique (PAS) qui dessinera les contours du territoire pour les 20 prochaines années. Organisées à Chamonix, Cluses, Megève et Taninges, ces rencontres ont permis de faire émerger les préoccupations concrètes des citoyens, tout en mettant en lumière les enjeux propres à chaque intercommunalité.
À travers cet article, revivez les temps forts de chaque réunion, les échanges riches avec les élus et les réponses apportées à des questions parfois sensibles. De la résilience alimentaire à la mobilité, du logement permanent à la forêt productive, le SCoT Mont-Blanc se veut à l’écoute, ambitieux et ancré dans les réalités locales.
Megève – Repenser la vie en station pour les habitants
Attrition du logement : un enjeu concret à Megève
Le 27 février 2025, au Palais des Sports de Megève, les échanges ont été francs. La perte d’habitants permanents est devenue critique. Le constat est partagé par la CIPRA, invitée lors de cette réunion : la commune est emblématique du phénomène d’attrition.
L’exemple des Contamines-Montjoie est marquant : 70 logements construits, mais seulement 40 habitants permanents. L’investissement locatif l’emporte, les volets restent fermés.
Outils et expérimentations : la servitude en pratique
Megève expérimente des dispositifs concrets : servitude de résidence principale, limitation du changement d’usage, secteurs de mixité sociale. Des outils récents, notamment la loi Lemeur, viennent renforcer cette stratégie.
Le SCoT soutient cette démarche : il fournit un cadre pour favoriser la construction de “lits chauds”, en coordination avec les PLH (Programmes Locaux de l’Habitat) des intercommunalités.
Diversifier le modèle station : l’inspiration de Salt Lake City
Et si les stations de montagne devenaient aussi des lieux de vie à l’année ? C’est le modèle proposé : à l’image de Salt Lake City, conjuguer attractivité touristique, emplois locaux, logement accessible et mobilité interne. Une ambition que le SCoT peut faciliter via l’aménagement, les tiers-lieux, les connexions interterritoriales.
Cluses – Mobilités, qualité de l’air et logement : la triple équation
Les défis de la mobilité quotidienne
La réunion de Cluses du 6 mars 2025 a mis en lumière une problématique largement partagée : la mobilité. Pour de nombreux habitants, notamment ceux sans voiture, l’offre actuelle est insuffisante. Les transports en commun sont trop scolaires, mal adaptés aux horaires de travail ou de loisirs. Les liaisons vers le Grand Genève sont compliquées, créant des tensions sociales et économiques.
Les élus ont rappelé que la compétence transport est fragmentée entre la Région, le Département et les intercommunalités. Le SCoT, bien que non opérateur, peut jouer un rôle de coordination stratégique.
L’habitat permanent menacé par la pression foncière
Autre sujet central : la difficulté croissante pour les jeunes actifs à se loger. La pression touristique et transfrontalière a fait exploser les prix. Face à cela, le SCoT encourage plusieurs leviers : mobilisation du parc vacant, limitation des meublés touristiques, soutien aux résidences principales (loi du 19 novembre 2024).
Mais certains habitants s’interrogent : est-ce suffisant ? Le président du SCoT assume une ligne volontariste : “nous ne pouvons pas tout régler seuls, mais nous posons un cadre qui favorisera un vrai retour de l’habitat permanent.”
La relocalisation économique au cœur du projet
Enfin, les échanges ont aussi porté sur l’avenir économique du territoire. Le SCoT mise sur une relocalisation des productions, le soutien aux “produits de lien”, l’économie circulaire. Une réponse à la fois écologique et sociale, pour redonner du sens au développement local.
Chamonix – Une vision stratégique à l’épreuve du climat
L’enjeu de la résilience alimentaire
La réunion publique de Chamonix du 11 mars 2025 a très vite fait émerger une préoccupation forte : comment assurer la sécurité alimentaire du territoire face aux projections climatiques ? L’élévation potentielle du niveau du Rhône à horizon 2045 inquiète. Pour les habitants, il faut réagir dès aujourd’hui. La vallée de Chamonix pourrait jouer un rôle stratégique en misant sur une relocalisation de la production agricole.
Les échanges ont insisté sur le potentiel du territoire pour le maraîchage de montagne, en particulier sur les parcelles plates encore disponibles. Une approche systémique du foncier est demandée : il s’agit de préserver, mais aussi de réactiver intelligemment les espaces productifs.
Foncier, urbanisme et climat : un triptyque indissociable
Les échéances réglementaires sont claires : les documents d’urbanisme locaux (PLU) devront se mettre en compatibilité avec le SCoT d’ici 2027. La loi Climat et Résilience et la loi ZAN imposent des objectifs stricts : sobriété foncière, zéro artificialisation nette, adaptation au changement climatique.
Le PAS présenté vise une gestion équilibrée de l’espace : moins d’étalement, plus de densification raisonnée, protection des terres agricoles, intégration des risques naturels (torrents, inondations). Un pilotage fin, rendu possible par le SCoT.
Vers une gouvernance plus ouverte et participative
Cette réunion a également été l’occasion de rappeler les outils de concertation mis en place : site internet dédié, adresse email, cahier de remarques, comité local de développement et de transition… Une gouvernance partagée émerge, intégrant les experts, les acteurs économiques et les citoyens.
Pour Nicolas Evrard, président du SCoT et maire de Servoz, “le SCoT doit nous permettre d’exister collectivement, en renforçant la cohérence du territoire face à la complexité des enjeux à venir.”
Taninges – Valoriser les spécificités du Haut-Giffre
La place de la CCMG dans le SCoT : 10 % mais beaucoup d’enjeux
La réunion du 12 mars 2025 à Taninges a démarré par une question : quelle place pour la Communauté de Communes des Montagnes du Giffre (CCMG), qui ne représente que 10 % de la population ? Réponse des élus : un rôle central, grâce à des enjeux partagés avec tout le territoire (logement, agriculture, attractivité).
L’armature territoriale du SCoT tient compte de cette spécificité, malgré l’absence de pôle urbain structurant.
Préserver l’agriculture, repenser l’urbanisation
Le Haut-Giffre dispose d’un capital agricole précieux, notamment dans la plaine. L’enjeu ? Protéger les terres plates encore exploitables, éviter qu’elles soient transformées en zones constructibles. Mieussy est citée comme exemple vertueux : diversification, circuits courts, valorisation locale.
La réouverture de terres enfrichées est jugée coûteuse et moins efficace que le maintien des terres existantes. Les vergers anciens représentent un potentiel complémentaire à valoriser.
Mobilité et forêt : entre ancrage local et complémentarité régionale
Comme ailleurs, la mobilité reste un point de tension. Les discussions portent sur les liaisons vers Bonneville, la gare de Marignier, ou encore l’évasion vers la Suisse. Le SCoT ne finance pas les transports, mais oriente les politiques de mobilité.
Autre thème important : la forêt. Elle est à la fois une ressource (filière bois) et un espace naturel. Le SCoT devra intégrer cette dualité, en tenant compte des contraintes d’exploitation (propriété morcelée, topographie).
Ces quatre réunions publiques ont permis de dresser un panorama complet des attentes et des inquiétudes du territoire. Derrière les spécificités locales, un fil rouge émerge : comment faire du SCoT un levier d’équilibre entre développement et préservation, entre attractivité et inclusion ?
Le Projet d’Aménagement Stratégique trace une voie ambitieuse mais réaliste. Il appartient maintenant aux élus, aux techniciens et aux citoyens de s’en saisir, pour construire ensemble un territoire montagnard résilient, solidaire et durable à l’horizon 2045.